Nouveau Film, en accès libre : « Rashōmon au Sahara »

Nouveau Film, en accès libre : « Rashōmon au Sahara »

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CORREALE Francesco, LÓPEZ BARGADOS Alberto et GONZÁLEZ MORANDI José, avec la participation de EVRARD Camille et de CORBELLINI Jean Philippe, Rashōmon au Sahara, 2020, 56 min, version française, espagnole, arabe.

Mots-clés : décolonisation, mémoires, guerre d’Ifni-Sahara, armée de libération, construction du récit, épistémologie de la recherche.

Rashōmon au Sahara est le résultat d’un projet de recherche financé par la Fondation Gerda Henkel de Düsseldorf. Sous la coordination scientifique de Francesco Correale et Alberto López Bargados et avec l’aide de Camille Evrard et de Jean Philippe Corbellini, ce film documentaire a été réalisé par José González Morandi, cinéaste professionnel de Barcelone à partir d’une sélection d’entretiens filmés avec les acteurs de la guerre d’Ifni-Sahara (1957- 1958) tant au Sahara Occidental qu’au Maroc, en Espagne et en France. Il combine ainsi la parole des vétérans de la guerre avec des images d’archives audiovisuelles ainsi que des prises de vues de paysages et des images allégoriques évoquant le conflit. Il présente les caractères d’un essai historicophilosophique où les témoignages recueillis sont exposés de manière à souligner un jeu de contrastes et de contradictions qui s’inspire de la clé narrative du film Rashōmon, d’Akira Kurosawa. De cette manière, les directeurs du projet et les membres de l’équipe ont assumé le pari épistémologique incarné par l’« effet Rashōmon » (Cardín 1988, Heider 1988, Anderson 2016), qui se déploie à travers les différentes représentations d’un même événement, toutes prétendant affirmer une unique (mais impossible) vérité. L’aspect le plus original de Rashōmon au Sahara est la confrontation du discours historique dominant avec les voix des populations subalternes (Guha 2009), c’est-à-dire les hommes impliqués dans les événements dont les récits sont restés dans l’ombre. Le film est organisé en thèmes successifs qui constituent le cadre dans lequel s’inscrivent les déclarations des vétérans : la conception et la signification de la guerre ; le front d’Ifni ; la bataille d’Edchera et l’opération Écouvillon. La dernière partie fait écho aux restrictions imposées à l’équipe lors des missions au Maroc et au Sahara Occidental, en raison de l’atmosphère politique étouffante du territoire occupé. De fait, l’objectif est d’attirer l’attention du public sur la résonance contemporaine des événements de 1956-1958 et sur leur héritage historique complexe, qui se manifestent dans les situations vécues par l’équipe lors de ses séjours dans les deux pays. En d’autres termes, dans le film, les auteurs sont l’une des parties en jeu car leur subjectivité colore aussi la reconstruction des événements historiques proposée au public. L’équipe a en effet accepté le défi de quitter la « zone de confort » des chercheurs pour devenir acteurs de la construction d’une narration.

Équipe :
Francesco Correale est historien au CNRS/UMR 7324 CITERES à Tours, spécialiste de l’histoire coloniale en Afrique du Nord et au Sahara, a mené des recherches dans les principales archives européennes de fonds documentaires sur l’histoire de la région. Il a effectué diverses missions de recherche au Maroc, en Algérie et au Sahara Occidental. Auteur de La Grande Guerre des Trafiquants. Le front colonial de l’Occident maghrébin (Paris, L’Harmattan, 2014) et de nombreux essais (articles et chapitres dans des ouvrages collectifs) sur l’histoire de la région, a été co-éditeur en 2014-2015 d’une édition spéciale bilingue français-espagnol de la revue Les Cahiers d’Emam sur le Sahara Occidental (https://emam.revues.org/739), ainsi que co-éditeur de l’ouvrage Sahara Occidental. Conflit oublié, population en mouvement (Tours, PUFR, 2018). Il dirige, à partir de 2019, un réseau de recherche international et multidisciplinaire sur Colonialité, réclusion et ordre. Formes coloniales et postcoloniales d’internement dans la Méditerranée et aux alentours.

Alberto López Bargados est anthropologue, maître de conférences au département d’anthropologie sociale et culturelle de l’université de Barcelone (GRECS), est spécialiste de l’Ouest saharien et a mené des recherches à de nombreuses reprises en Mauritanie, dans le sud du Maroc et dans l’ouest de l’Algérie depuis 1994. Auteur de Arenas coloniales. Los Awlad Delim ante la colonización franco-española del Sáhara (2003) et Cultures du Littoral. Dynamiques frontalières entre les Canaries et la côte saharo-mauritanienne (2010), a écrit également de nombreux articles sur le sujet. Il a également été co-responsable de l’exposition organisée en 2018 au Museu Etnològic i de les Cultures del Món sur les militaires espagnols à Ifni : Ifni. La mili dels catalans a l’Àfrica.

Camille Evrard est historienne, chercheure associée au laboratoire FRAMESPA de l’Université Jean Jaurès de Toulouse et à l’UMR 7324 CITERES de Tours, est spécialiste de l’histoire coloniale et postcoloniale des corps habillés en Mauritanie, au Niger et au Mali. Elle a effectué des recherches approfondies sur le terrain et dans les archives africaines, françaises et espagnoles, et a recueilli la parole d’anciens acteurs militaires de la région. Elle a publié dans Vingtième siècle, Les Temps Modernes, ou Relations internationales, ainsi que dans plusieurs ouvrages collectifs sur la conquête, la police coloniale ou les armées africaines postcoloniales. Membre du comité de rédaction de L’Année du Maghreb, elle y est coresponsable du dossier annuel Mauritanie. Enfin, elle est corédactrice en chef d’une toute nouvelle revue francophone en ligne, la Revue d’histoire contemporaine de l’Afrique.

José González Morandi est un cinéaste de renommée internationale dont le travail s’est concentré sur les documentaires ethnographiques et la vidéo sociale et participative. Sa filmographie comprend sept longs métrages documentaires et un grand nombre d’oeuvres audiovisuelles pour différentes organisations et institutions, qui ont été bien reçues et ont remporté plusieurs prix : Troll (2006), Can Tunis (2006), Basant (2007), Rastros de Dixan (2008), Pantalla Dromedario (2010), Buscando Respeto (2013) et Parkcelona (2015). Prix spécial du jury au festival DiBa 2006, Prix du public au Visual Fest di Roma 2014, Documenta Madrid 07, 4 écrans Paris Film Festival 07, Tarragona REC Festival 07, Malaga Film Festival 07, Film Award Barcelona 07 et Prix de la culture nationale catalane 2008. Il a tourné dans des pays tels que la Mauritanie, le Liban, le Pakistan, l’Éthiopie, le Sénégal, le Kenya, les Philippines et la Turquie.

Jean Philippe Corbellini, technicien image et son du CNRS, travaille à la Maison des Sciences de l’Homme (MHS) Val de Loire, à Tours (France). Il a été co-auteur, avec Francesco Correale, du documentaire vidéo intitulé Les camps de réfugiés sahraouis : une histoire de résilience ? Les inondations d’octobre 2015 (https://www.canalu.tv/video/msh_val_de_loire/los_campamentos_de_refugiados_saharauis_una_historia_de_resiliencia_las_inundaciones_de_octubre_2015.20831) ; réalisateur du webdocumentaire : L’application de la loi Veil à Tours (2015) (http://webdocloi-veil.univ-tours.fr/). Il enseigne le traitement et le montage audio-visuel à l’Université de Tours.

Mohammed Mohammed Ahmed Dahmi, sociologue, chercheur indépendant à Smara, et Khalid El Mansouri ont participé en tant qu’intermédiaires et traducteurs au cours des missions au Sahara Occidental et au Maroc.

Anglais: https://lisa.gerda-henkel-stiftung.de/rash_mon_in_the_sahara?nav_id=9579&language=en

et ici: https://www.canal-u.tv/video/citeres/rashomon_au_sahara_english_version.58565

Français: https://www.canal-u.tv/video/citeres/rashomon_au_sahara.58563

Espagnol: https://www.ub.edu/ubtv/video/rashomon_al_sahara

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